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Définir le contexte de l'époque suffit presque d'emblée à donner les réponses lorsque l'on aborde l'étude critique ou révisionniste d'une affaire, l'agenda social ou politique s'imposant en usant de l'emprise sur l'esprit collectif de la presse, de la propagande et de la culture en général. Puisque ayant sacrifié en trois mots à ce rituel dès le premier paragraphe et achevé ce forfait deux chapitres plus loin, il ne reste qu'à présenter l'introduction de l'ouvrage qui porte essentiellement sur les incohérences de la procédure, le contexte social, politique et religieux étant décrit ponctuellement lorsqu'il est utile ou nécessaire à l'argumentation.
 
Des incohérences dans la chronologie des interrogatoires, des aveux aussitôt démentis, l'itinéraire du 'tueur de bergers' parsemé d'affaires non résolues comme il s'en trouvait simultanément et partout en France, la fin du 19ème siècle ayant vu la criminalité décupler du fait d'une immigration incontrôlée induite par l'industrialisation et d'un vagabondage recrudescent résultant du chômage. Rien de plus facile en ces temps troublés que de faire décrire à un chemineau son parcours et d'y trouver aux alentours des crimes non élucidés à lui reprocher, quitte à devoir en adapter les circonstances ou même les inventer de toutes pièces. 

L'élément-clé de cette affaire qui ressort des interrogatoires comme si l'on avait par une sorte de provocation négligé de l'occulter, reste la disposition d'esprit de Vacher le personnage dès lors que souffrant d'une grave blessure consolidée, sans espoir de guérison et lâché dans la nature, il prend le pli du vagabond ordinaire qui dès que le besoin s'en fait sentir, trouve le moyen de se faire incarcérer pour une durée suffisante à laisser venir des jours meilleurs en étant nourri et logé. Mais pour un homme handicapé par une blessure qui le fait souffrir il semble qu'il n'y ait pas de jours meilleurs qu'il puisse attendre, et que de simples séjours en  prison ne suffisent pas à le sauver des périls d'une vie d'errance que non seulement il n'a pas choisie, mais qui au vu de son état lui sera fatale à plus ou moins brève échéance. Voici ce qui en est conclu…

Il est probable que Vacher devienne alors le dindon d’une farce tragique et que par un odieux chantage à peine dissimulé, on mette à la clé une hospitalisation puis l’internement afin d’obtenir ce qu’on attend de ce vagabond.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Fourquet lui propose de l’aider à démontrer qu’il est un aliéné dangereux, l’un des moyens les plus sûrs d’y parvenir et puisqu’il en a l’occasion, étant de se faire passer pour un forcené auteur de crimes sanglants que sa maladie l’aura poussé à commettre. 
 
Pour en revenir au contexte il tient en deux points dont l'importance est aisément concevable pour qui n'aurait même aucune connaissance historique de l'époque : deux affaires, celles-ci bien réelles et dont il convient de détourner l'attention du public. D'abord l'affaire Dreyfus qui en ces temps où l'on se prépare en permanence à un conflit entache la réputation de l'armée française. Par le pus grand des hasards son événement déclencheur a lieu en septembre 1894, alors que l'errance de Vacher sur les routes vient de commencer après sa sortie de l'asile. 

Au soir du 19ème siècle, le jugement qui fait condamner Dreyfus pour trahison accapare l’univers médiatique et le monde politique. L’opinion publique se divise alors entre convaincus de la culpabilité de Dreyfus et partisans de la révision de son procès.
Dans le numéro du quotidien La Presse du 8 octobre 1889, les résultats d’élections cantonales sont présentés sous la forme d’un tableau dont voici un cliché… 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La perspective de la révision du procès inquiète les autorités qui redoutent que l’une ou l’autre des issues ne provoque des troubles, c’est pourquoi il convient d
 
 
Outre-Manche une autre affaire menace l'avenir de la famille royale d'Angleterre : celle du dit Jack l'éventreur  ou du moins la réalité qui en est à l'origine. A l'époque déjà un médecin français contemporain des faits en dresse le portrait : il est éliminé physiquement de la façon dont savent le faire ses confrères à qui l'on confie ce genre de travail. Tel celui qui en Angleterre se charge de faire disparaître un groupe de prostituées londoniennes dont l'une est supposée avoir eu des relations avec le prince royal sans que l'on sache laquelle. Il est chargé de le faire de manière à ce que les avortements auxquels il procède ressemblent aux crimes d'un sadique, celui que l'on nommera Jack l'éventreur. Ca n'est pas seulement l'honneur de la couronne qui est en jeu car si la jeune femme avec laquelle a fauté le prince est identifiée, il faudra l'anoblir et faire entrer son rejeton dans la famille royale. Soit parce que l'affaire des Anglais inspire aux Français le plan qu'ils vont mettre en œuvre, soit par solidarité entre les deux nations le second va faire oublier la première.
 
Sans parler des cas de meurtres non élucidés qui s'amoncellent sur les bureaux des juges et dans les archives des gendarmeries, ces deux affaires composent bien l'essentiel du contexte politique et social de ce qui peut se comprendre comme soit l'un des premiers scandales judiciaires, soit un énorme canular monté par les médias de l'époque dont l'influence commence à peser déjà sur l'esprit collectif. 

Le dindon d'une farce que l'on commence dès lors à subodorer, pour peu qu'il n'ait pas été repéré depuis longtemps et promis à tenir ce rôle, va devenir l'outil de propagande des autorités, le martyre de toute une population et la poule aux œufs d'or d'une presse qui représente encore l'essentiel des médias. Ce qui ressort des pièces de procédure et pourrait constituer le fond de vérité de toute cette affaire, est cette bonne volonté du sujet concerné à remplir sa mission comme aux temps où il était soldat. Pour ne pas décevoir et obtenir ce qu'il veut il ira au-delà de ce qu'on attend de lui.

Pour atteindre le but qu’ils se sont fixé, les accusateurs de Vacher doivent s’assurer sa collaboration jusqu’aux dernières heures de l’opération. Rien ne saurait le convaincre de faire ce à quoi tout inculpé se refuserait la tête sur le billot, en avouant onze assassinats lorsque de surcroît un seul suffirait pour obtenir au mieux l’internement à vie. Par ailleurs n’étant pas fou il doit avoir quelque raison impérieuse de s’accuser d’autant de crimes auxquels il est manifestement étranger. 

C'est pour expliquer ce fait et bien d'autres choses qu'est imaginé un arrangement secret, voire tacite entre le le magistrat et Vacher dans le cadre duquel ils vont s'aider mutuellement, Fourquet devenant le juge ayant inculpé le premier serial killer français, ce dernier y gagnant un internement à vie qu'il n'aurait pas obtenu autrement…

Dans son état et sa situation, Vacher entrevoit l’alternative : soit retourner sur les routes pour y mourir peut-être de faim ou de maladie, soit entrer dans la peau d’un tueur déséquilibré avec l’espoir de guérir et l’assurance qu’on ne guillotine pas un fou.

Comme quoi soit le crime ne paie pas soit il rémunère peu, le juge sera frustré de la gloire qu'il escomptait alors que Vacher sera tenu responsable de ses actes.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

A l'époque en n'emploie guère encore le terme radicalisé auquel on préfère celui de fanatisé, mais notons au passage que l'intention est la même. C'est ainsi que la mère de Vacher aurait rendu son fils encore tout jeune garçon à force de lui inculquer ce que les chroniqueurs auraient volontiers qualifié de bigoterie. La vignette de gauche sur cette caricatu illustration révèle de quel fanatisme religieux il est question et nous voilà ramenés de nouveau à notre époque, mais appliquée à Vacher la métaphore est pour le moins excessive… 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Etrangement  on a davantage écrit sur l'affaire Vacher dans les deux dernières décennies qu'à l'époque des faits. Le peu ayant pu être publié entre-temps est devenu introuvable, peut-être victime d'un autodafé des temps modernes.  Ce qui nous est parvenu des publications contemporaines de l'affaire est l'ouvrage du juge Fourquet republié en 2007, ainsi que celui 'de référence' ou que son auteur présumé le médecin légiste Alexandre Lacassagne aurait pu qualifier de 'définitif'… 
Nous verrons plus loin que des observateurs de l'époque n'avaient pas hésité à émettre sur toute l'affaire des critiques empreintes de scepticisme dans le genre de celles exposées ici-même, et combien il est douteux que certains parmi eux ne soient pas allés jusqu'à les publier. Mais à en juger par une réaction quasi-épidermique à la parution de mon volume, avec celle immédiatement consécutive d'un livre 'correctif' signé d'un personnage 'autorisé', il semble que l'affaire soit rapidement devenue pour l'intelligentsia et les autorités du pays une sorte d'icône intouchable, quand bien même elle n'intéresserait plus personne depuis déjà très longtemps. 


Parmi les concepts que l'on peut inclure au contexte social et dont le premier peut englober les deux autres, se trouvent les idées révolutionnaires, l'antimilitarisme et l'anticléricalisme. Par le plus grand des hasards il apparaît que Vacher pratiquait ces trois formes de dissidence avec une même aisance et une même conviction, au point qu'il n'est pas étonnant qu'à propos d'un ancien soldat, serait-il aigri au dernier degré, on en vienne à penser que notre éventreur décidément très comédien se soit composé un personnage répondant au cahier des charges de ses geôliers ou d'après leurs directives.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On peut en vouloir à l’armée soit au regard de sa défaite lors du récent conflit, soit pour avoir accusé de trahison l’un de ses officiers. D’autres pour des raisons diverses ont ardemment souhaité la soumission du pays au vainqueur, cependant que nombre d’ouvrages ayant évoqué l’espionnage allemand ou la livraison de secrets à l’ennemi ne laissent aucun doute sur le fait que beaucoup y ont participé activement[…]


Il existe donc une volonté de salir la réputation de l’armée, de ternir aux yeux de l’opinion l’image de ses officiers. Quoi de mieux pour ce faire que de mettre en vedette un tueur sadique ayant éprouvé sa vocation sous les drapeaux en tant que sergent ?

 

Avant d'entrer dans l'armée, à 16 ans Vacher fait un séjour chez les frères Maristes où il reste deux ans, et c'est une occasion de plus pour nos chroniqueurs de colporter les ragots ayant émaillé sa brève carrière religieuse quitte à devoir broder ou inventer de toutes pièces. On pourrait du reste chercher la raison d'un tel acharnement contre un suspect qui n'est encore inculpé de rien, si cette campagne qui déteint sur les médias et la population n'était orchestrée par un autre personnage aussi douteux que son confrère criminologue italien Cesare Lombroso qui pose en couverture de mon ouvrage, tous deux méritant davantage la palme de l'imposture que les distinctions qu'ils reçurent. La motivation qu'ils partagent à parts égales et qui leur tient lieu de conscience professionnelle est cette ambition à laquelle s'est aussi laissé aller le juge Fourquet. 


N'ayant pas l'intégrité du juge qui se borne à exploiter la situation, Alexandre Lacassagne n'hésite pas à recourir à la contrefaçon pour nourrir sa propagande, et sa position lui permet d'en alimenter aussi les médias bien plus librement que s'il était tenu à un devoir de réserve. 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


C'est donc lui qui crée le personnage médiatique de Vacher l'éventreur, grossi deux mille fois par rapport à tout ce que le magistrat aurait pu exagérer, avec un goût pour le scabreux et le salace au moyen d'anecdote que des témoignages recueillis par les gendarmes sont pourtant là pour démentir. D'autres témoignages spontanés sont également là pour charger le suspect qui n'est toujours inculpé de rien, parce qu'ils sont un moyen sûr de se venger de celui qu'un calomnie, de se faire bien voir des autorités ou de se créer un personnage médiatique, le tout sans prendre trop de risques. Un chapitre entier aborde le sujet de ces faux témoins quelquefois subornés pour servir l'intérêt d'une procédure biaisée.


Enfin après avoir chargé Vacher d'une tentative de viol sur mineur que l'on a dû prouver par ce moyen, ayant déjà eu bien du mal à y parvenir on finit en douceur par une accusation facile d'anarchisme, comme si le fait d'en être un pouvait aggraver son cas. 

Si de nos jours l'acte de témoignage est encadré par des textes de lois il ne l'est pas encore à l'époque, ce qui en 1910 a permis à un avocat lyonnais d'écrire dans son étude sur le sujet :


Même quant un témoin est surpris en flagrant délit de mensonge, il est bien rare qu’on le poursuive ; il s’en tire avec une admonestation plus ou moins sévère du président qui l’adjure de dire la vérité, qui le menace, qui lui reproche en termes amers sa mauvaise foi. Il n’est pas exagéré de dire qu’il règne une quasi-liberté du faux témoignage.


Motivation personnelle assouvie en toute impunité, espoir de voir citer son nom dans la presse ou simple opportunité d'un déplacement à une époque où voyager n'est accessible qu'à des privilégiés, tout concourt à ce que les témoins les plus farfelus ou mal intentionnés affluent dans les bureaux des juges et les gendarmeries porteurs des révélations les plus décisives pour alimenter le cours de la procédure. 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Puisque les incohérences et les invraisemblances de cette affaire amènent rapidement à douter de tout, il n'était pas inutile de relever un fait troublant que les enquêteurs ont souvent signalé au public dans les séries policières : celui d'une trop grande concordance dans les descriptions ou les déclarations des témoins (on les qualifie aussi de formatées), alors que certains détails des plus frappants leur seraient passés inaperçus… 


Ce qui trouble n’est pas tant le fait que tous ces témoins puissent décrire le même individu, mais qu’ils en donnent une seule et même exacte description en usant des mêmes expressions. Une telle réitération de signalements identiques dans les termes tient donc lieu de conviction, leur variété pouvant à elle seule instaurer le doute.


En revanche et de manière paradoxale au regard de la précision de ces signalements unanimes et formatés, il y a ce détail du rictus dont on ne fait que prêter l’observation à une gamine qui ne témoigne pas. Il se trouve également souligné par le témoin cité précédemment qui désireux de compléter sa déposition, s’en serait seulement souvenu après avoir entendu Vacher s’adresser au public dans le Palais de Justice. Or cette caractéristique aurait dû frapper durablement tous ceux ayant prétendument échangé la moindre parole avec le Tueur de bergers,[…]

 

Comme illustré par de nombreux exemples dans le chapitre consacré aux victimes, les forfaits avérés sont souvent commis par des notables, parents ou amis de notables, et dans cette affaire ceux ayant suivi les événements survenus outre-Manche ont compris que de conférer changer un banal homicide en crime sadique des plus abominables le ferait imputer à coup sûr au meurtrier ou au suspect le plus en vue désormais affublé d'être un tueur en série, représenté dans cette décennie et sur le territoire par le personnage de Vacher. Dans les régions où l'enquête suit son cours c'est donc l'opportunité de régler ses comptes ou se débarrasser de gêneurs avec la quasi-certitude que le tueur de bergers sera soupçonné à notre place. Il existe donc une double immunité pour les meurtriers potentiels de ce genre qui n'ont souvent même pas à se soucier de se disculper ou diriger les soupçons vers le monstre désigné puisque la population va le faire à leur place. Dès que se commet un forfait, enquêteurs amateurs et témoins professionnels s'empressent de collecter des indices matériels ou des souvenirs, parfois unis en comités pour aller charger Vacher de tous les crimes impunis.


Le peu de crédibilité qui reste à ces témoignages se dissipe encore à la prise en considération du subterfuge que constitue la diffusion simultanée du portrait de Vacher dès les premières heures de la procédure, dans une représentation suggestive dont l’artifice ne souffre pas la comparaison…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


    

 

 

Quelle est la réaction épidermique du parfait témoin à la vue d’une telle composition ? Qu’il se persuade ou non d’avoir aperçu ou rencontré l’individu, qu’il en garde ou non le moindre souvenir il répond à l’appel du devoir et se rapproche des autorités pour faire sa déposition. Lorsque enfin il se retrouve dans le bureau du juge et qu’il est mis en présence de l’inculpé il le reconnaît formellement, se remémore les traits de son visage sans plus réaliser ne l’avoir jamais vu auparavant que dans la presse. Voilà comment affubler de souvenirs providentiels des témoins inespérés.